Giorgione est, avec Giovanni Bellini, le peintre vénitien le plus
important du tournant du XVIe siècle. Son activité est très brève (1500-1510), mais son œuvre symbolise le renouveau de l’art à Venise, qui trouvera son apogée avec le Titien. Mal connus, l’homme et son œuvre alimentent, depuis le XVIIe siècle et aujourd’hui encore, le mythe de l’artiste : sur la trentaine d’œuvres qu’on lui attribue, seules deux sont signées, les autres étant authentifiées d’après le seul style, et une grande partie a été réattribuée au Titien, son élève.
Baignant dans le milieu vénitien de la philosophie néo-aristotélicienne, Giorgione travailla pour un cercle restreint d’aristocrates intellectuels. Ses premières toiles, expressives et aux tons chauds, laissent place ensuite à une peinture influencée par les peintres des écoles du Nord, notamment par Dürer et les Flamands : l’attention à la nature y est plus poussée, et le réalisme plus aigu, comme en témoigne la Madone de Castelfranco, peinte en 1504, qui inclut pour la première fois un véritable paysage de « plein air », unifiant par sa lumière la composition.
La toile La Tempête (1506-1508), dont la signification n’est pas établie, atteste du point culminant dans l’œuvre de Giorgione par l’intégration des données naturalistes, tout autant que par un certain ton arcadien caractéristique. Les deux dernières années de sa vie sont marquées par le doute et les retours stylistiques, entre archaïsme (Madone d’Oxford) et élaboration intellectuelle (Les Trois
Philosophes). L’apport majeur de Giorgione à la peinture aura été la capacité à intégrer la figure au paysage, dans un espace harmonique, et à faire sentir la réalité sensorielle du
paysage. (arts fluctuat)