JULIETTE CARLET (pas de blog)
André, Cher Franquin, mon père, mon créateur.
Me voilà, moi Pilou Pilou, ton Marsupilami.
Ce même mois de janvier il y a 10 ans, tu as tiré ta révérence.
J’ai vu le jour sous ton crayon, il y a tout à fait 55 ans, c’est cela oui.
J'avais presque envie de dire.
Merci de ne m'avoir pas fait lapin cherchant
ses carottes en Patagonie.
Merci de ne m'avoir pas fait héros
des "sardines sont cuites",oui, tout à fait.
Merci de m'avoir inventé et de m'avoir évité un
avenir sous d'autres crayons.
Cela dit, j'aurais pu en revanche me retrouver dans
ces illustrations tout à fait naïves pour enfants
en couches culottes, fixé sur supports rigides et résistants,
car voilà, les marmots bavent et font
leurs dents sur ces gros livres.
J'aurais pu être doryphore avec deux billes exorbitées
(c'est cela, oui, un doryphore avec un regard tout à fait expressif....)
sorti de sa patate dans la pelle du gentil jardinier
sous prétexte que ses enfants aiment les frites,
et que justement, c'est le jour des frites, et, il faut savoir
que l'éducation Mac Do se commence très tôt,
frites qui accompagneront l'épaule d'agneau ou
les saucisses de Morteau au dîner.
Cela dit, prendre les traits d'un ver à soie,
les yeux bleus et cils rallongés sur sa feuille de mûrier,
ou du goéland immortalisé au dessus de l'écume
de l'océan un jour de tempête, ou même du lion
abandonné dans sa jungle, m'aurait été
d'une infinie tristesse.
Nonobstant la beauté du volatile,
on aurait pu me faire wyandotte,
même au plumage bleuté tout à fait sublime,
figée pour des années sur la page 10 du livre "la ferme".
C'est cela oui, j'aurais préféré ne pas exister.
Mais il faut savoir aussi qu'incarner une belle princesse
succombant (nonobstant le fait qu'elle ne succombera
pas vraiment, il ne faut pas faire pleurer les enfants)
après avoir ingurgité un entolome livide,
m'aurait rendu tout à fait morose.
Voilà, les princesses de nos jours ne savent plus quoi
inventer pour que rapplique le prince charmant
qu'il est urgent d'attendre à l'aurore.
Cela dit, le fait que la princesse soit sauvée est sans aucun
doute salutaire pour foutre la paix aux parents
qui peuvent enfin fermer le livre et
regarder le western à la télé.
Voilà cher André, tu m'as fait jouer les seconds rôles,
c'est cela oui, sacré farceur,
mais c’était pour illustrer en revanche,
et là, c'est tout à fait toi, un monde du travail absurde
avec notre cher Gaston.
Car voilà tu étais un grand humaniste comme
tes contemporains Jean Paul Sartre ou Albert Camus,
mais toi c'était avec ton invariable goût de la moquerie
et de la dérision. Cela dit, c'était pour mieux rebondir
et me hisser 20 ans plus tard à la une du "trombone illustré".
Hergé, un de tes grands admirateurs avait créé
de son côté ses personnages, Tintin, Milou,
le Capitaine Haddock et le fameux Professeur Tournesol,
que l'on ne peut dissocier de son bathyscaphe.
Janvier 1997, c’est cela oui, tu disparaissais, alors voilà,
tu ne sais pas que cette même année d'autres t'ont suivi :
Barbara, Jean Edern Hallier, glissando
final pour Stéphane Grappelli, cela dit,
je pense aussi à Georges Marchais pour
les caricatures que tu aurais pu en faire.
Sur les écrans en revanche, on pouvait voir
"Le patient anglais" d'Anthony Minghella, "Familles je vous hais",
Jeanne Moreau tenait l'affiche avec Vanessa Paradis et
Jean Réno dans "Un amour de sorcière".
Jeanne Moreau joue toujours, mais voilà,
la dernière fois que je l'ai vue, elle semblait souffrir de blépharite,
cela dit, elle jouait nonobstant.
En revanche, les scènes se déroulaient principalement
dans une cave, alors voilà son problème était
quelque peu masqué dans cette atmosphère tout à fait sombre.
Mais voilà, sais-tu d'où je te parle ?
Je suis enveloppé dans un beau papier brillant,
enrubanné car il faut savoir que j'ai toujours autant de succès,
juste à côté d'un dictionnaire, paré tout comme moi.
Nous sommes dans un petit sac, dans un ascenseur
et allons être offerts à une petite tête blonde.
Voilà, cela fait quelque temps que je voulais
te rendre hommage, te donner de mes nouvelles,
mais il faut laisser le temps au temps et attendre,
enfin, j’avais presque envie de dire,
il est parfois urgent d'attendre le bon moment
ou une occasion tout à fait particulière.
Voilà, je voulais donc juste lui dire que "komsomol"
n'était pas dans le vocabulaire marsupilamien,
et c’est bien là la seule solution que je trouve
pour me sortir de cet exercice.
Cela dit, je sais que c’est tout à fait petit petit,
mais alors tout petit…. Houba houba.......
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