ATTENTION SIGMA EST ARRIVÉ CETTE NUIT !
LAMBDA
L’hydre était nue,
allongée parmi les nues.
Elle ouvrit ses yeux et vit son ange
noir, mort, poudré d’éternité.
Le désastre était là : un mélange
d’horreur et de douleur sucrée.
Elle souleva l’amour et le déposa,
au pied du totem de la tribu.
À la lueur des astres, le granit l’accueillit. Dolorosa.
« Voici ta tombe », lui dit-elle. « Je t’aime ! »
Elle but.
Ses langues se déroulèrent.
Ses têtes retombèrent.
Amen !
MY
Entre soir et aube
Entre éclipse et lune
Le solo des mots cachés par la brume
Désastre d’infortune
Le noir du granit
Sur la nuit qui tombe
Ta tribu qui meurt
Des frontières trop droites
La pierre nue
A perte de vue
Du bois sec et mort
Tes mots sans passeport
Les signes d’hier
Pour l’éternité
Des pas sur le sable
mi-homme ….mi-ange..
L’hydre aux mille bras
Pour d’autres vendanges
Ton regard voilé
pour tout oublier.
NY
Rien ne préserve du désastre de l'amour...
Écoute rire les démons et les anges noirs,
Grâce au magma liquide ils ont fait du granit
Pour garder bien scellés tous tes secrets espoirs...
Regarde, ils te veulent, dans la tombe ils t'invitent,
Ton âme nue ne tombera dans leurs filets
Que si tu permets à la mort de voir le jour...
Comme l'hydre tu vivras pour l'éternité
Si à ces invitations tu peux résister...
Alors dans ta tribu le soleil brillera,
Et le bonheur à jamais tu retrouveras.
XI
Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange!
Eux, comme un vil sursaut d'hydre ayant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Du sol et de la nue hostiles, ô grief!
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
OMIKRON
10Hrs 30 au “Dubbing Brothers”, La Plaine St Denis.
J’avais enfin reçu cette convocation pour un doublage voix.
C’était de plus en plus rare.
Je n’aimais pas aller à « La Plaine » ! Au bout du monde !
Mais l’opportunité de ce contrat compensait largement
Ce handicap géographique.
Et puis le portail franchi, la cour fleurie traversée,
L’entrée des studios me faisait oublier totalement ces désagréments.
Cà y est, j’étais sur place.
La première démarche était d’aller à l’accueil ,
Pour signaler ma présence dans les murs,
Puis attendre au « salon-cafét’ » que l’on vienne m’y chercher.
Je retrouvais avec toujours autant de plaisir cette
Faune étrange vivant hors du temps et du monde extérieur.
Techniciens, figurants, artistes et autres « glandeurs »
Semblaient se déplacer virtuellement…
J’avais privilégié un angle de l’espace afin de faire
Mes échauffements sans perturber le climat ambiant.
N’ayant pas « pratiqué » depuis un certain temps,
J’étais en effet un peu rouillé(e).
Je n’ai pas eu à attendre trop longtemps, en effet 20 mn plus tard
J’entrais dans un studio.
«… Bonjour, smac, smac, comment tu vas… »
J’allais donc « à la barre ».
Il s’agissait d’un film d’origine hongroise
Dont l’action se passait en Transylvanie au XIXème siècle…
Je vous laisse imaginer le synopsis tournant autour
D’un Dracula mi-hydre mi-faune suivant les moments de la journée…
Il était bien entendu question de tombes en granit glacial,
Le tout plongeant dans un climat d’éternité douteuse…
Bref, une histoire classique.
La séance dura 4 heures.
Un peu épuisé(e) mais satisfait(e) du travail bien accompli,
Nous nous saluâmes avec les traditionnels « Salut Coco !…
Ca m’a fait plaisir de retravailler avec toi…
je t’appelle dès que j’ai quelque chose… »
Embrassades…
Ben alors !!! Il manque des « mots à placer » !!! Pensez-vous.
Et bien vous avez tord ! En doublage, contrairement à la danse,
Les échauffements se font avant d’aller « à la barre ».
Que faisais-je donc dans le coin à la cafét’ ?
Je faisais mes gammes, des virelangues. Lesquelles ?
- Une bête noire se baigne dans une baignoire noire -
Une bête noire se baigne dans une baignoire -
Une bête noire se baigne dans une baignoire…….
- La nubienne nubile, la nubienne débile nue - La nubienne nubile,
La nubienne débile - La nubienne nubile, la nubienne débile…
- Un ange qui songeait à changer de visage se trouva
Soudain si changé que jamais plus ange ne songea à se changer -
Un ange qui songeait à changer de visage
Se trouva soudain si changé que
Jamais plus ange ne songea à se changer…
- L'Arabe Ali est mort au lit. Moralité: Maure Ali,
T'es mort alité - L'Arabe Ali est mort au lit.
Moralité: Maure Ali, t'es mort …
Il manque désastre ?
Pas vraiment, car ce fut tout ce qui resta de ce film…
Sans rancune ?...
PI
Ne te découvre pas d'un fil en février
Attend avril, évite le désastre
Prend ta carte et va-t-en voter
Ne tombe pas dans le marasme
De la tribu politique, réveille toi
De Ségo ou Sarko où tout est noir
L' éternité pour garder espoir
Aucun ange passera faire la loi
De l' urne sortira la vérité toute nue
Face à ces coeurs de granit
Luttons pour un univers social
Pas de temps mort à l' hydre fiscal
RHO
L’ange du désastre
N’aura pas son éternité ici
Et la tribu qui forme son peuple
Servile
Désertera les cavernes sombres
Son royaume.
Car en la constellation de l’Hydre
La consolation distille
Son lointain devenir.
Suc stellaire
Charrié par les courants solaires
Abordant les rivages diaphanes
De l’anneau de la Lyre.
L’ange noir périra pétrifié
Sa forme nue étrangement veinée
De granit.
Comme sa propre tombe,
Ultime monument de son règne de poix.
Nous serons libres.
Et notre premier geste sera de graver
Son nom sur sa tombe,
Rien que son nom,
Rien que cela,
Afin que l’on sache :
«Hier»
SIGMA
Oraison
Emportée par l'hydre de la folie porcine,
On l'a découverte, nue comme les truies qu'elle transformait en pâté.
Le spectacle se résumait à un pitoyable désastre :
La ficelle du saussicon trop sec ou pas assez,
Ceignait son cou boursouflé par des années à s'empiffrer,
Le boyau avait semble-t-il cédé sous le poids du corps
Elle est allée s'écraser la couenne sur le granit de son étal.
Notre charcutière a rejoint pour l'éternité,
La tribu des bouffeurs de cochonnailles.
Sur sa tombe, un chapelet de boudin noir,
Afin que l'ange de la ripaille puisse l'accueillir aux petits oignons.
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